Quand un club de cricket rural du Dorset cherche à former ses bénévoles sans envoyer personne à Londres, c’est rarement la fédération nationale qui débloque la situation. Le relais opérationnel, en Angleterre, repose sur des structures intermédiaires baptisées County Sports Partnerships (CSP), aujourd’hui largement rebaptisées Active Partnerships. Ces organismes font le lien entre les politiques sportives nationales et les réalités de chaque comté, avec un mandat qui a considérablement évolué depuis leur création au début des années 2000.
Active Partnerships : un rôle qui dépasse la coordination de clubs
On réduit souvent les County Sports Partnerships à des courroies de transmission entre Sport England et les clubs locaux. Le fonctionnement réel est plus large. Chaque partenariat couvre un territoire défini (un comté, une agglomération métropolitaine, parfois plusieurs autorités locales regroupées) et emploie une équipe qui connaît les infrastructures disponibles, les profils de population, les zones sous-équipées.
Leur travail quotidien ne se limite pas à redistribuer des enveloppes. On parle de mise en relation concrète : connecter une école avec un club de gymnastique voisin, organiser des formations d’encadrants directement sur place, identifier une salle communale sous-utilisée pour y lancer des créneaux d’activité physique adaptée.
Le mandat a glissé du sport compétitif vers la lutte contre l’inactivité physique. Les partenariats travaillent désormais avec le secteur de la santé, les services sociaux, les écoles et les collectivités locales. Ce repositionnement explique le changement de nom : « Active Partnership » traduit mieux une mission centrée sur le mouvement au quotidien plutôt que sur la performance sportive.

Financement par Sport England : une logique de besoin territorial
Le financement des Active Partnerships provient principalement de Sport England, lui-même alimenté par la Loterie nationale et des dotations gouvernementales. La répartition n’est pas uniforme.
Sport England cible les zones à forte inactivité et à forts indicateurs de besoin social pour concentrer ses investissements. On n’est plus dans une logique purement géographique où chaque comté reçoit la même chose. Les territoires les plus défavorisés captent une part proportionnellement plus élevée des fonds.
Le dispositif « Place Universal Offer » illustre cette approche. Il garantit un socle de soutien à tous les territoires, mais les interventions sont calibrées selon le niveau de désavantage local. Un partenariat couvrant une zone urbaine avec de forts taux de sédentarité recevra un accompagnement plus intense qu’un comté déjà bien doté en infrastructures et en clubs.
Appels à projets et investissements ciblés
Des partenariats locaux continuent d’être sélectionnés en 2025 pour recevoir des financements dédiés à l’activation des habitants. Le cas d’Ipswich, qui a sécurisé un investissement significatif pour développer des activités allant de l’autodéfense féminine au pickleball, montre que le modèle reste vivant et orienté vers des publics précis.
Une tendance récente : les appels à projets intègrent désormais des volets d’évaluation et d’apprentissage. Les partenariats ne doivent pas seulement livrer des programmes, ils doivent documenter ce qui fonctionne et partager leurs résultats. Cette montée en exigence sur la preuve d’impact modifie la façon dont les équipes locales conçoivent leurs actions.
Acteurs clés du réseau des County Sports Partnerships
Comprendre qui fait quoi dans cet écosystème permet de saisir pourquoi le modèle tient depuis plus de vingt ans. Voici les acteurs principaux :
- Sport England finance, fixe les orientations stratégiques et évalue les résultats. C’est le donneur d’ordre principal, adossé aux fonds de la Loterie nationale.
- Les Active Partnerships (ex-CSP) coordonnent sur le terrain, identifient les besoins locaux et mettent en relation clubs, écoles, collectivités et acteurs de santé.
- Les autorités locales (councils) hébergent parfois les partenariats et fournissent des infrastructures. Certains CSP historiques ont été créés comme organismes semi-autonomes au sein de conseils de comté ou d’universités.
- Les fédérations sportives nationales (National Governing Bodies) s’appuient sur les partenariats pour déployer leurs programmes localement, former des encadrants et toucher de nouveaux publics.
- Le NHS et les structures de santé publique collaborent de plus en plus avec les Active Partnerships sur des programmes de prescription d’activité physique et de prévention.
Cette architecture n’est pas figée. Les retours varient selon les territoires sur le degré d’autonomie réelle des partenariats par rapport aux collectivités qui les hébergent. Dans certains comtés, l’équipe du partenariat dispose d’une grande latitude ; dans d’autres, elle dépend étroitement des priorités politiques locales.

Évolution du PE and Sport Premium : un financement scolaire en transition
Parallèlement au réseau des Active Partnerships, le financement du sport scolaire en Angleterre connaît sa propre mutation. Le PE and Sport Premium, destiné aux écoles primaires, est en cours de révision avec un horizon 2027 pour son remplacement ou sa refonte. Ce programme avait permis à des milliers d’écoles d’acheter du matériel, de financer des intervenants extérieurs ou de libérer du temps pour la formation des enseignants en éducation physique.
La disparition ou la transformation de ce premium affectera directement le travail des Active Partnerships, qui servent souvent d’intermédiaires entre les écoles et les prestataires sportifs locaux. Si le financement scolaire se tarit ou change de forme, les partenariats devront adapter leur offre de services aux établissements.
Ce que ce modèle produit concrètement sur le terrain
On peut résumer l’apport des County Sports Partnerships à trois fonctions que personne d’autre n’assume à cette échelle :
- La formation locale d’encadrants et de bénévoles, directement dans les clubs ou les écoles, sans obliger les participants à se déplacer vers des centres de formation éloignés.
- La coordination entre secteurs (sport, santé, éducation, social) qui ne se parlent pas spontanément. Un club de natation n’appelle pas le NHS de lui-même pour proposer des créneaux aux patients en réhabilitation cardiaque.
- Le repérage des zones blanches, ces territoires où l’offre sportive est quasi inexistante, et la mobilisation de ressources pour y créer des programmes adaptés.
Le modèle des Active Partnerships reste un cas d’étude pour d’autres pays européens qui cherchent à structurer le sport communautaire sans tout centraliser. L’architecture britannique n’est pas transposable telle quelle (le système de comtés, le rôle de la Loterie nationale, la culture associative locale diffèrent), mais le principe d’un échelon intermédiaire dédié à la coordination territoriale du sport et de l’activité physique répond à un besoin que beaucoup de pays identifient sans y apporter de solution institutionnelle claire.

