Quand une milieu de terrain française quitte la Première Ligue pour rejoindre un promu italien, on regarde d’abord les stats. Pour Manon Uffren, les premières feuilles de match en Serie A féminine racontent autre chose : un repositionnement tactique complet, dans un système que Parme a construit autour d’elle.
Passage au 4-3-3 à Parme : le rôle pivot de Manon Uffren au milieu
Le changement de système est le point de départ. Parme a abandonné son ancien 3-4-2-1 pour basculer vers un 4-3-3 plus offensif, et ce choix a redéfini la place d’Uffren dans l’effectif.
Dans l’ancien schéma, le milieu à cinq laissait peu d’espace créatif aux profils techniques. Avec le trio médian du 4-3-3, Uffren occupe le poste de milieu axial, aux côtés de Gueguen et Jorde. Elle n’est plus une joueuse de labeur : elle devient la pièce centrale de la construction.
Les compositions de pré-saison et de début de championnat confirment cette intégration. On la retrouve systématiquement dans ce milieu à trois, ce qui montre que le staff de Parme l’a identifiée comme un élément structurant du nouveau projet de jeu, pas comme un simple renfort d’intersaison.

Serie A féminine : le style de jeu italien comme terrain d’adaptation
La Serie A féminine propose un football différent de ce qu’Uffren a connu en France. Les blocs sont plus bas, les transitions plus travaillées, les phases défensives plus organisées. Pour une joueuse formée au jeu de possession pratiqué au FC Nantes sous Nicolas Gimenez, le contraste est réel.
Ce décalage tactique est précisément ce qui rend le transfert intéressant. Uffren doit prouver sa polyvalence dans un contexte défensif plus rigide, où la gestion du tempo devient un atout différenciant. En Première Ligue, elle pouvait s’appuyer sur la circulation de balle. En Italie, elle doit créer des décalages dans des espaces plus réduits.
La presse parmesane a d’ailleurs noté ce rôle dès les premiers matchs. ParmaLive décrit Uffren comme ayant « le milieu de terrain en main », une joueuse que ses coéquipières cherchent pour lancer les actions. Les premières évaluations lui attribuent une note stable, avec un commentaire qui souligne sa fiabilité dans la construction tout en pointant le manque de passes décisives en profondeur.
Ce dernier point mérite attention. Quand la presse locale reproche à une recrue étrangère de ne pas encore produire assez de « imbucata » (passes incisives), c’est qu’elle est déjà jugée comme créatrice principale, pas comme joueuse de complément.
Parcours de Manon Uffren : de Nantes à Parme, la logique d’un transfert
Le départ du FC Nantes ne s’est pas fait sur un coup de tête. Uffren a disputé une trentaine de rencontres en Arkema Première Ligue lors de sa dernière saison nantaise. À 27 ans, quitter un championnat connu pour un championnat étranger est un pari calculé.
Parme, promu en Serie A, cherchait des profils capables de structurer le jeu dans un effectif en construction. Le recrutement estival du club a été décrit par la presse locale comme une campagne ambitieuse, et l’arrivée d’Uffren s’inscrit dans cette dynamique.
On peut identifier plusieurs facteurs qui expliquent la cohérence de ce choix :
- Un volume de matchs garanti dans un club qui construit son effectif, avec un temps de jeu régulier dès le début de saison
- Un système tactique (le 4-3-3) qui valorise son profil de milieu technique et organisatrice
- Une exposition dans un championnat en croissance, où les performances individuelles sont davantage scrutées par la presse spécialisée
Milieu de terrain française en Italie : ce que Parme attend concrètement
Le coach Valenti a intégré Uffren dans un trio médian qui a une mission claire : assurer la transition entre défense et attaque dans un système qui veut jouer haut. Les convocations de début de saison montrent un groupe de 25 joueuses, et Uffren figure parmi les éléments fixes.
Son rôle de métronome au milieu est confirmé par les choix de composition. Elle n’est pas en rotation : elle est dans le onze de départ.
L’entraîneur de l’Inter Women, Sassarini, a d’ailleurs mentionné Parme comme une équipe de « qualité » avec « un excellent entraîneur », ce qui situe le club dans la partie haute des ambitions du championnat. Pour Uffren, évoluer dans ce contexte signifie être exposée à un niveau d’exigence supérieur à ce qu’un promu offre habituellement.
Perspectives en sélection nationale
Le transfert repositionne aussi le profil d’Uffren dans la perspective d’une éventuelle convocation en équipe de France féminine. Évoluer à l’étranger, dans un championnat compétitif, reste un signal positif pour les sélectionneurs qui cherchent des joueuses capables de s’adapter à différents contextes tactiques.
Les retours varient sur ce point, et une saison pleine en Serie A ne garantit rien. La concurrence au poste de milieu axiale en sélection est dense. La régularité de ses performances à Parme sera le critère déterminant pour franchir ce palier.

Saison de Parme en Serie A féminine : premiers repères
Les matchs de pré-saison ont donné quelques indications sur le niveau de l’effectif. Un revers face à l’Hellas Vérone (4-2) lors d’un match amical a montré des failles défensives, mais aussi une capacité offensive réelle avec le nouveau système.
Pour un club promu, la priorité est le maintien. Parme mise sur un projet de jeu construit plutôt que sur la seule solidité défensive, ce qui est un choix atypique à ce niveau. L’intégration de profils comme Uffren, Gueguen et Jorde dans le milieu de terrain illustre cette ambition.
La suite de la saison dira si ce pari tactique tient face aux écuries installées du championnat. Ce qui est acquis, c’est que Manon Uffren a trouvé en Italie un cadre qui lui donne les clés du jeu, pas simplement une place dans l’effectif.

